EN L’AIR SUR DEUX ROUES
Célèbre pour ses aspirateurs, James Dyson est aujourd’hui l’un des créateurs les plus inspirés de Grande-Bretagne.Tout aussi entreprenant, son fils Jake – Jacob, pour son père – est devenu designer pour son propre compte, avec la lampe Motorlight, qui tourne doucement, pour créer différentes ambiances. Intersection s’est assis avec les Dyson, dans le bureau-garage de Jake, à Londres, pour parler bagnole.
Jake : Quand j’étais petit, on a traversé pas mal de pays. Je me souviens des Citroën…
James : Oui, à l’époque, j’achetais des Citroën. On a eu des CX et des BX, avec lesquelles on partait dans le sud de la France, bien avant l’air conditionné ! On tendait des serviettes sur les vitres, en guise de pare-soleil. On partait comme ça sur l’autoroute, qui venait d’ouvrir…
Jake : … et on crachait nos chewing-gums par la fenêtre !
James : Vraiment ? Je ne m’en souviens pas.
Jake : Non, parce que tu étais assis à l’avant. Pourquoi aimais-tu autant les Citroën ?
James : Les Citroën ont eu les roues avant motrices avant tout le monde, une merveilleuse suspension pneumatique qui les rendait très confortables… Une pompe hydraulique pilotait les suspensions, les freins et la direction ; un très bon système. J’adorais ça. Ils ont aussi inventé le volant à une branche et le compteur de vitesse à tambour.
Jake : Celui avec un niveau à bulle ? Et le levier de vitesses !
James : Oui ! Il sortait du tableau de bord. Chez Citroën, ils imaginaient toujours des trucs incroyables, qui donnaient le sourire.
Jake : D’ailleurs, comme première voiture, j’ai hérité d’une petite Visa. Je me souviens que le câble du levier de vitesse pétait tout le temps et qu’il fallait conduire avec la boîte bloquée en troisième. Pour démarrer, je devais emballer le moteur. Mais je crois bien t’avoir remorqué, non ?
James : Oui, la boîte de la Range Rover avait cramé et Jake est arrivé avec sa minuscule Visa, pour me remorquer jusqu’à la maison.
Jake : C’est sans doute ce qui a détruit la boîte de la Visa. Je crois que j’étais en l’air, sur deux roues !
James : Avant l’arrivée des enfants, j’avais une Austin Healey 100-4 spéciale. Elle était fantastique mais à peu près tout a cassé. C’est en la réparant que j’ai appris la mécanique.
Jake : T’as eu quoi d’autre ?
James : Des Morris Minor et des Mini, que j’adorais. Mon premier associé était très ami avec Alec Issigonis (père de la Mini). Un jour, il est venu au volant d’un prototype de la Mini et m’a dit « regarde ça ». Il a ouvert la porte et les vide-poches étaient tous remplis de bouteilles de gin Gordon’s ! Ils étaient aux dimensions exactes de la bouteille. D’ailleurs, chez Dyson, nous avons une Mini coupée en deux, pour inspirer les designers.
Jake : La nouvelle Mini est digne de l’originale. Mais dès qu’ils la trafiquent, ça ne va plus.
James : Je vais te dire, ce qui cloche avec les nouveaux concept-cars Mini ; c’est qu’ils sont stylisés. La première Mini ne l’était pas. Elle était dessinée autour de ce que qu’il y avait dedans, sur un carnet de croquis, entre deux gorgées de gin. C’est pour cela qu’elle est intemporelle.
Jake : C’est dommage qu’elle ne soit pas exemptée du péage urbain de Londres, ça encouragerait les gens à conduire des petites voitures.
James : J’attends avec impatience une voiture économique séduisante. Je les trouve toutes moches. Pourtant, il parait assez facile de soigner le design et de faire une auto jolie, qui donne envie.
Jake : Elle devrait aussi utiliser une énergie alternative.
James : Je crois que la première chose à faire, c’est de concevoir des voitures très légères. Je ne parle pas seulement de la carrosserie mais aussi des trains roulants etc. Le poids, c’est l’économie. D’ailleurs, ça serait bien, aussi, que les gens soient plus légers. Les moteurs électriques devront progresser et on y travaille. Mais les batteries aussi devront progresser. Aujourd’hui, elles se rechargent trop lentement et ne sont pas recycables. La pile à combustible est intéressante mais je suis convaincu qu’on peut trouver encore mieux. Ce qu’il faudrait, c’est une recyclabilité illimitée, même en fin de vie de l’auto. Je crois aussi à une plus grande efficacité des moteurs, avec un moteur par roue, donc pas de transmission et un vrai gain de poids. C’est le chemin qu’il faut suivre.
Jake : Il ne faut pas s’arrêter à la conduite. Imagine une électrique l’hiver, dans les embouteillages, sous la pluie, à la tombée de la nuit… les essuie-glaces et les phares pompent toute l’énergie ! En termes d’éclairage, on a déjà bien progressé avec l’utilisation des diodes. Aujourd’hui, c’est surtout un élément de style mais ça va dans le bon sens. Je travaille là-dessus d’ailleurs, pour mes luminaires : une diode peut faire projecteur. Appliqué à l’auto, ça veut dire qu’on peut se débarrasser des réflecteurs. Autrement dit, ce qui occupe tout un coin aujourd’hui pourrait devenir un simple point.










