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MARGOT LAFFITE

JE DÉTESTE LE TRAIN,
CA PUE TOUJOURS
MARGOT LAFFITE

TEXTE TONE
PHOTO RÉMI FERRANTE

Pour certains, le milieu de l’automobile serait pour peu que l’on y accorde un regard néophyte ou superficiel, un milieu masculin et basique. Peutêtre parfois à l’arrière des berlines de course, mais tout le reste, et en premier lieu le design, relève de la sensibilité, du sentiment, parfois même de la sensualité, et ne nécessite pas d’apprentissage particulier, si ce n’est d’être réceptif à sa propre émotion. Cela ne me paraît pas compatible avec un monde de butors incultes dans lequel on voudrait ranger l’automobile. Mais il restera toujours quelques réfractaires, que Margot Laffite, dérangera ad vitam aeternam. Certains s’offusqueront de sa paternité, mais ceux qui ont eu la chance de partager quelques minutes avec elle, ont tous le même sourire et ne tarissent pas d’éloges.

On imagine votre enfance, handicapée par la passion de votre père, sur les routes par monts et par vaux, et finalement peu sédentaire. Mais finalement, j’ai lu que ce n’était pas le cas, et que l’organisation familiale n’était pas entièrement dévolue au sport automobile.Alors comment expliquez-vous finalement, que celui-ci vous ait rattrapé aujourd’hui ?

C’est vrai que ma soeur et moi étions plutôt branchées équitation durant notre adolescence. Nous avons aussi passé notre enfance à faire de la moto dans la Creuse et à conduire sur les genoux de notre paternel. Tout cela a probablement abouti au fait que le sport auto ait fini par me rattraper. Je pense également que si le sujet n’ait pas été beaucoup abordé à la maison, cela a peut-être implicitement attisé ma curiosité. En grandissant je me suis intéressé aux activités de mon père. C’est probablement le point de départ de ma passion pour la course.

Mes confrères vous connaissant, ont tous été intarissables à l’égard de vos performances sur la piste. Pensez vous avoir hérité d’un gêne familial, ou vous êtes vous entrainé secrètement pendant des mois ?

C’est sûrement difficile à croire, mais je n’ai jamais pris de leçon de pilotage, jamais effectué un seul stage. En revanche j’ai vraiment eu la chance de beaucoup rouler en Funcup ( courses d’endurance réservées aux amateurs ), avec l’aide d’un partenaire qui est devenu un ami. Il m’a fait confiance et j’ai pu engranger des kms et des kms de roulage durant près de 4 saisons. Voilà comment j’ai fait mes armes en sport auto et, par la suite j’ai eu l’opportunité de rouler en course dans des GT. Cela a réellement forgé mon expérience.

Finalement, même si la piste semble être votre élément, votre carrière prend un tour plus journalistique. Est-ce par manque de débouchés dans le sport automobile ?

Absolument. Cela dit j’estime avoir déjà eu beaucoup de chance de rouler dans des voitures très performantes, mais les soucis sont évidemment venus du nerf de la guerre. L’Argent, l’argent, l’argent ! Et comme je n’excelle pas dans la recherche de sponsors, il a bien fallu se tourner vers des occupations plus lucratives, en l’occurrence, le journalisme. Je n’ai pas dit mon dernier mot, le sport auto reste un de mes objectifs principaux et j’aimerais arriver à allier ces deux occupations car j’aime véritablement mon métier.

C’est peut-être plus compliqué quand on est une femme ?

Bien au contraire je pense que le fait d’être une femme m’a beaucoup aidé. Nous sommes très peu dans le milieu alors tant au niveau de la course, que professionnellement les femmes attirent plus les médias et intéressent donc un peu plus. Jusqu’à un certain niveau bien sûr. Les tops teams cherchent des tops pilotes mais à niveau égal je crois qu’une femme a plus de chances. De plus, il faut reconnaître que le statut « fille de… », ne m’a pas desservi.

Certaines voitures ont un design féminin, dit-on. Estce vrai selon vous ?

C’est plutôt un effet de mode. La mini Cooper ou la Fiat 500 seraient de bons exemples, car elles symbolisent la direction marketing des marques. On attribue volontiers une petite citadine à la femme et une grosse sportive à l’homme. Personnellement j’opterais pour la grosse sportive si j’avais le choix, même si je roule en Abarth 500 ( rires ).

Aimeriez vous commencer une collection, il y a t il une voiture familiale qui se transmet chez vous ?

Pas du tout. Trop compliqué à ranger. Je préfèrerais collectionner les montres, comme les vieilles Rolex ou Tudor. Une autre passion transmise par mon père.

Quel est votre mode de transport le plus fréquent ?

La voiture ! Incontestablement la voiture. J’aime l’idée de me déplacer dans mon chez moi et en plus je déteste le train. Ca pue toujours ! Et les gens qui disent « oui mais dans le train tu peux travailler, lire, te reposer » et bien moi je fais tout ça en conduisant.

Racontez nous une anecdote liée à la mobilité et / ou au déplacement ?

J’ai réalisé un Garches-Porte de St Cloud (environ 8 kms donc ça va) en Opel Omega sans avoir le permis. J’allais retrouver un petit ami qui lui avait déjà son permis.

D’un point de vue journalistique, régulièrement vous détaillez le quotidien de l’automobile. Quel est son avenir à votre avis ?

Ah…C’est un long débat sur l’écologie qui se dessine forcément. Et bien, je pense que les avancées technologiques progressent à vitesse grand V. Pour en avoir déjà essayé plusieurs à l’occasion d’essais dans notre émission V6, ces nouvelles solutions sont une réalité, elles sont concrètes. Nous y sommes. Evidemment, un monde automobile tout électrique n’arrivera pas dans un avenir proche mais on se dirige irrémédiablement vers cela. Tant que les voitures de courses gardent une sonorité digne de ce nom, je suis pour.

Reste-t-il encore un peu de poésie dans l’automobile ?

Si l’on appelle poésie la haute technologie et le design, ça c’est impérissable ! Je ne regrette pas le soi-disant charme des échappements qui infestaient l’habitacle. C’est l’art de vivre autour de l’automobile qui a changé et dont nous sommes nostalgiques. Les avancées, elles, ne peuvent qu’être du bonus.

Quels sont vos projets pour le futur ?

« Pas de planning, pas de planning », comme dirait Bernard dans les Bronzés. J’aime laisser venir les choses. J’ai une très belle vie et je souhaite rester sur ma lancée et continuer tout cela le plus longtemps possible.

Si vous deviez définir la mobilité en une phrase ?

En un mot même : VITESSE !