MON MODE DE
DÉPLACEMENT ULTIME ?
LA TÉLÉPORTATION !
PIERRE HARDY
Texte: TONE
Photos: Henry Roy
Pour peu que l’on aime être bien chaussé, et surtout contempler une belle silhouette, on ne peut être dans l’ignorance du talent de Pierre Hardy. Directeur de création pour Hermès et Balenciaga, il finit juste les présentations de ses collections personnelles, quand il nous reçoit dans son show room. L’endroit est fantastique. Les plafonds sont recouverts de fresques romantiques, les moulures dorées perchées à plus de trois mètres, et les chaussures posées sur les podiums qu’elles méritent. Le lieu est l’ancien appartement du fondeur de Rodin et ressemble à une salle de bal.
Depuis l’enfance, Pierre Hardy voue un intérêt important à l’automobile et c’est ce qui nous amène ici également. « Ma collection de miniatures et le garage furent le démarrage: fétichisés, intouchables, précieux. Tout ça dès quatre ou cinq ans… Ensuite j’ai aimé aussi, dans les longs déplacements de mon enfance, compter et énumérer toutes les marques des véhicules que l’on croisait. Mes pauvres parents… ». La passion est partagée avec le père, dont il se souvient ainsi des voitures. « Aujourd’hui les modèles se démarquent moins les uns des autres. Quand mon père était revenu au volant d’une 404, cela ne laissait personne indifférent. C’était un choix, volontaire et assumé. À moins d’être une supercar, ou un véhicule de petite série, aujourd’hui les modèles ont presque toutes les mêmes lignes, non ? »
Le dessin est l’axe majeur de l’expression de Pierre Hardy. Depuis l’adolescence passée à dessiner des accessoires, puis Normale Sup Plastiques à Cachan, l’école d’Arts Appliqués Duperré, et enfin ses premiers pas dans la création, le dessin a été le vecteur principal de son inspiration et de ses aspirations. Commençant par quelques créateurs à qui il montra ses dessins, passant chez Dior, il collabore aujourd’hui avec Hermès depuis 20 ans, dirige sa collection, et dessine les modèles de Balenciaga. « Le process est totalement différent chez Balenciaga et Hermès. Chez les premiers, je travaille en séances de réflexion et d’essayages avec Nicolas (Ghesquières) et l’équipe du studio. C’est une recherche continue que Nicolas mène. Il sait ce qu’il lui faut pour construire la silhouette qu’il cherche. Je suis là pour l’aider a concrétiser ce désir, ou ce besoin. Chez Hermès, c’est très différent. Je dessine les collections de chaussures homme et femme, en totale responsabilité et avec carte blanche quasi absolue. Les seules contraintes sont celles que j’ai, a priori, moi-même intégrées en tant que «fondamentaux» de la maison ». Très concerné par la manière de raconter la genèse de ses collections, il s’investit et donne les directions du marketing. « Je raconte le thème, l’histoire de la saison et comment cela se traduit dans les choix de couleurs, matières, styles, comme un autre langage pour exprimer à travers différentes chaussures, le thème sur lequel toute la maison travaille ». Aujourd’hui encore, il continue de donner régulièrement des cours de dessins, et pour chacune de ses collections, il crée une illustration qui résume celle-ci. « Je les appelle «Images» de la saison, et je les conçois en général à la fin de la collection, au moment de la «communication» sur celle-ci. Symbolique, serait un bon mot pour les définir. Ni un résumé, ni un décor, ni un tableau. La dernière je l’ai entièrement conçue sur mon Ipad, c’était marrant. »
Aujourd’hui, Pierre Hardy possède trois belles voitures. « Une Karmann Ghia Type 3 avec laquelle, je me suis déplacé pendant 6 ans, mais qui accuse un peu le poids des ans. Aujourd’hui je me déplace en vélo, avec ma vieille 300SL ou en Jaguar sovereign ». Enfant, la mobylette qu’il utilisait lui permettait de se rendre à ses cours de danse, qu’il a commencé à 13 ans, « trop tard » selon ses dires. Sa première voiture lui fut offerte par sa mère, une Fiat 500. Une Mini de 1962 figure également parmi ses achats « je m’en souviens très bien. Turquoise, toit blanc, intérieur pied de poule, vitres coulissantes. Parfaite ! Mais je suis assez éclectique dans mes choix et pas particulièrement maniaque. Je privilégie plutôt le coup de cœur pour le mode de transport que la collection fanatique. J’ai eu pas mal de Mini, des Coccinelles, une Volvo, une Alfa Roméo, une Pacer. » A la question de savoir s’il aimerait participer à un projet avec une marque automobile, il reste évasif et affiche un sourire qui le laisse suggérer, mais « l’automobile est un business assez compliqué à aborder. Il y a une forte culture industrielle. C’est intimidant. Cela force à se poser certaines questions personnelles et éthiques… Mais quand on voit les Art Cars de Warhol ou Calder, effectivement, cela donne envie ».
Quel serait son mode de déplacement ultime ? « La téléportation, immatérielle, immédiate, idéale ! » Mais alors, que deviendraient les chaussures ? « La modification génétique peut-être. Ou à contrario, le retour au paradis perdu qui nous ferait savourer le bonheur de marcher (pieds) nus? ». Cette année, les modèles de sneakers Pierre Hardy ont des semelles spécifiques, et griffées du créateur, il n’en fallait pas plus pour être convaincu qu’il laissera une empreinte certaine dans tout ce qui nous entoure et nous intéresse, et quand il définit la mobilité, il s’agit de circulation et ubiquité.











